Aujourd’hui Tel Aviv a 100 ans nous dit-on. Cette annonce est répercutée en Midi-Pyrénées par la municipalité de Toulouse, jumelée avec la capitale de l’état d’Israël depuis 1962. Tel Aviv, inscrite en 2003 au patrimoine mondial de l’humanité ; que nous pouvons « lire comme un lieu d’ancrage des idéologies du 20ème siècle européen au Proche-Orient » ; qui, « d’un quartier de Jaffa », « est devenue la vitrine des tendances du mouvement moderne en architecture en entrant de plain-pied dans l’Histoire »1. Tel Aviv, capitale vitrine, alors que les centres de décision de la politique de l’Etat d’Israël sont à Jérusalem. Mais que signifie « d’un quartier de Jaffa » ? Que Jaffa était la plus grande ville de la Palestine historique dans les années du Mandat britannique. C’était l’épicentre de l’économie palestinienne, en lien avec les centres commerciaux les plus importants de la côte méditerranéenne et du continent européen et c’était aussi la capitale culturelle de la Palestine. Elle était surnommée « la Fiancée de la Mer ».
A cette époque, Tel Aviv n’était qu’une petit colonie, le statut municipal ne lui fut accordé qu’en 1921. L’histoire de la Nakba et ses suites à Jaffa est l’histoire de la transformation d’un grand centre urbain moderne en pleine expansion en une zone marginalisée, pauvre et discriminée. C’est aussi l’histoire de la destruction de 8 villages palestiniens à ses alentours, sur lesquels s’est développée Tel-Aviv. Au début des années 1950, Jaffa fut administrativement absorbée par la municipalité de Tel Aviv qui prit le nom de Tel Aviv-Yafo. Immédiatement, la municipalité établit les plans de ce qu’ils appelèrent la « Judaïsation » de la ville, rebaptisant les rues arabes avec des noms de dirigeants sionistes, démolissant la plus grande partie de l’architecture arabe ancienne, et détruisant complètement les quartiers et villages des alentours2.
Et que signifie « en entrant de plain pied dans l’histoire ? ». Que, si toute culture est ethnocentriste, seule l’occidentale, derrière ses images, est ethnocidaire3, refoulant l’Autre de l’autre côté du Mur, le réduisant au silence en en faisant un Barbare.
Mais que se passe-t-il aujourd’hui dans les quartiers de Tel Aviv et Jaffa ? Pour passer au-delà des représentations médiatisées, nous voulons rencontrer ceux et celles qui vivent ce conflit dans leur quotidien. Nous allons faire venir pour 10 jours, début novembre, des représentants d’associations et de groupes militants qui travaillent au changement social et politique en Israël par la promotion d’une société multiculturelle basée sur la justice sociale et la solidarité. 􏰀 pour ouvrir, en France, la question de la Palestine à d’autres publics que ceux habituellement concernés,
􏰀 et pour voir comment ce qui se passe là-bas entre en résonance avec nos problématiques françaises de refus de l’ « étranger » et de mépris de la vie, et avec nos résistances locales.
Par le venue de ces représentants-es, il sera aussi rappelé que l’oppression du peuple palestinien et la soumission des israéliens-nes au sionisme ne se passe pas seulement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, mais aussi en Israël même. La compréhension de cette dynamique oppressive intra-israélienne est un des éléments fondamentaux pour la compréhension de la situation.
jaffatelavivmidipy FWJ yahoo.fr
1 Caroline Rozenholc, « Tel Aviv a cent ans ! 1909-2009 : un siècle de globalisation au Proche-Orient », EchoGéo, Numéro 8, 2009 (En ligne). 2 Sami Abu Shehadeh & Fadi Shbaytah : “Jaffa : From Eminence to Ethnic Cleansing “, Electronic Intifada, february 27th 2009.
3 Pierre Clastres, Recherches d’anthropologie politique, Paris, Seuil, 1980, p. 50 à 53.
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